Mylène Paquette: défier sa peur, vivre son rêve

08 Mar 2016 Par Vanessa Migliacci

Trop souvent, toutes les raisons sont bonnes pour ne pas mener un projet à terme : le temps, l’argent, la famille, les amis, la peur et on pourrait continuer ainsi encore longtemps. À l’occasion de la Journée internationale de la femme, j’avais envie de vous parler d’une Québécoise qui a eu le courage de réaliser son rêve le plus fou: traverser l’océan à la rame, en solitaire. À mes yeux, Mylène Paquette est un exemple absolu de détermination et une grande source d’inspiration.

J’ai d’ailleurs eu le plaisir de l’entendre raconter son histoire de vive voix avec beaucoup d’honnêteté et d’autodérision, lors d’une conférence qu’elle donnait à Montréal le week-end dernier.

Le 6 juillet 2013, Mylène Paquette quittait Halifax et commençait son périple en solitaire pour traverser l’Atlantique Nord, d’ouest en est. Elle est la première Canadienne au monde à tenter cette traversée : « Quand j’ai annoncé la nouvelle à mes parents, ils pensaient que j’étais folle. Mon père a même arrêté de me parler pendant 5 mois. Ça a été vraiment difficile, mais il y a un moment où tu n’as pas le choix de te détacher des choix de tes parents », se rappelle-t-elle.

Pendant un week-end de voile avec sa sœur il y a quelques années, Mylène est tombée en amour avec la navigation. Au retour de son séjour sur l’eau, elle s’est mise à dévorer toute l’information qu’elle pouvait trouver sur le sujet. Un jour, elle est tombée sur le site de l’Ocean Rowing Society (ORS) et a découvert l’histoire d’une Européenne qui avait réussi la traversée de l’Atlantique Nord. Au fil de ses recherches, elle s’est aperçue qu’aucun Canadien n’avait encore tenté l’exploit. « Je me suis dit : pourquoi pas moi? Pourquoi est-ce que je ne serais pas la première ? » Pendant un petit bout de temps, Mylène a gardé son projet pour elle et continuait de regrouper de l’information. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à ce moment-là, Mylène Paquette n’avait encore jamais ramé de sa vie et avait une peur bleue des requins.

En approfondissant ses recherches, elle a appris que pendant leur traversée, les navigateurs doivent descendre dans l’eau pour nettoyer la coque de leur bateau afin de retirer les organismes marins qui s’y collent au fil du temps et qui empêchent le bateau de glisser sur l’eau. « Quand j’ai lu ça, j’ai perdu toute envie de faire cette traversée et je me suis dit que finalement, ce n’était pas pour moi. Je suis retournée travailler à l’hôpital et j’ai continué mon chemin ».

Plus facile à dire qu’à faire. Disons que cette expression a pris tout son sens pour Mylène Paquette lorsque, préposée aux bénéficiaires à l’hôpital Ste-Justine, elle s’est occupée de Cynthia, une jeune patiente de 16 ans, atteinte du cancer. Pour encourager l’adolescente, Mylène lui a dit de ne pas lâcher, de continuer de se battre et qu’elle comprenait ce qu’elle vivait. C’est alors que Cynthia lui a répondu du tac-o-tac : « Ta gueule. Tu n’as aucune idée de ce que je vis ! » Sa réponse l’a frappée de plein fouet: « À ce moment-là, j’ai réalisé que je demandais aux enfants de se battre et d’affronter leurs peurs, alors que moi-même, je n’y arrivais pas. Je repoussais un rêve parce que j’étais terrorisée à l’idée de mettre la tête dans l’eau. » Se rappelle Mylène.

Ce qui est à la fois beau et relativement agaçant quand on a un projet ou un rêve en tête, c’est qu’on a beau l’enfouir au plus profond de soi-même, il continue de refaire surface jusqu’à ce qu’on l’ait enfin réalisé…

C’est donc à la suite de sa conversation avec Cynthia que Mylène s’est décidée à réaliser son rêve et qu’elle a entrepris une longue préparation de 5 ans. « Au début de l’expérience, je me suis posé deux questions : quand est-ce que je vais revenir et combien est-ce que ça va me coûter ? Si j’avais connu les réponses à ces deux questions-là, je n’aurais probablement jamais tenté l’expérience ! » Le coût total de la traversée a été de 300 000$ canadien !

Au cours de sa préparation, Mylène a fait des rencontres déterminantes dont Hermel Lavoie, un membre retraité de la garde côtière avec qui elle s’est rapidement liée d’amitié et après qui elle a nommé son bateau: « Hermel a consacré près de 3 000 heures de bénévolat pour m’aider à préparer l’embarcation, ça faisait donc tout son sens pour moi de donner son nom à mon bateau. » Durant sa traversée, Mylène a été épaulée par une équipe au sol composée de 3 membres, dont Hermel Lavoie, et sans laquelle elle avoue qu’elle n’aurait pas pu accomplir cette aventure. « Je communiquais tous les jours avec eux. Ils ont été pour moi une énorme source de soutien technique, mais aussi psychologique. »

Accepter de sortir de sa zone de confort est probablement le plus difficile lorsqu’on se lance la tête dans le vide, dans un nouveau projet. Des peurs, des embûches, des moments de faiblesse, des erreurs, il y en aura, et plus qu’une fois. Ça fait partie du processus.

Le fameux jour que Mylène redoutait est arrivé: elle devait descendre dans l’eau pour nettoyer la coque de son bateau. Elle était terrorisée. Chaque fois qu’elle s’approchait du bord, elle retournait à l’intérieur. Après de nombreuses tentatives, les encouragements de sa famille, de son équipe au sol et le soutien de la psychologue de l’Ocean Rowing Society, Mylène a finalement réussi à surmonter sa peur et à entrer sa tête dans l’eau. Puis, l’inimaginable s’est produit : « Je m’attendais à voir un requin meurtrier et je suis tombée face à face à un Nemo ! » C’est donc face à ce petit poisson que Mylène a réalisé que souvent, on s’imagine les choses bien pires qu’elles ne le sont réellement !

Parmi les autres embûches qu’elle a dû surmonter, il y a eu oui, des tempêtes, et même Humberto, un ouragan qui apportait des vents entre 100 et 115 km/h et des vagues de sept mètres de haut. Toutefois, ce n’est pas peut-être pas ce qui l’a le plus déstabilisée pendant son périple :

« On m’a souvent demandé quel a été l’animal le plus menaçant auquel j’ai été confronté en mer. Un jour, pendant la traversée, je me suis aperçue que le mammifère le plus dangereux pour ma vie était celui qui était dans le bateau : moi-même. Là, j’ai vraiment eu peur. À un moment donné, j’étais confortable dans mon bateau et mon égo a commencé à prendre de la place. Je prenais certaines choses pour acquis et je me suis mise en danger. Certaines de mes erreurs auraient pu m’être fatales. » À cause d’un oubli, un soir, Mylène s’est endormie en laissant la porte de son bateau ouverte; elle ne s’en est aperçue que le lendemain matin.

Cet incident aurait pu être lui coûter la vie. Aussi, quelques semaines avant la fin de son aventure, une mauvaise décision lui a fait perdre la fonction de son éolienne, donc son unique source d’électricité. À ce moment, elle s’est retrouvée avec un unique moyen de communication : UN téléphone satellite.

D’ailleurs, parmi les choses que l’océan lui aura apprises, il y a sans aucun doute l’humilité : « Il faut accepter de perdre le contrôle, on n’y peut rien ».

Au 83e jour de son aventure, Mylène a obtenu une permission spéciale de l’Ocean Rowing Society pour recevoir un téléphone satellite supplémentaire ainsi que quelques vivres, qui lui permettront de terminer sa traversée en sécurité. Cette livraison lui a d’ailleurs été faite par nul autre que le légendaire paquebot Queen Mary 2. Elle décrit d’ailleurs cette rencontre comme l’un des moments les plus forts qu’elle ait vécus. « J’ai appris que les gens avaient fait la file sur le pont pour pouvoir mettre des cadeaux dans les ballots. Les gens me faisaient des signes, ils chantaient, c’était irréel. »

Après 8 ans de rêve, 5 ans de préparation, puis 4 mois et 6 jours passés en mer, c’est le 12 novembre 2013, que Mylène Paquette franchit saine et sauve la ligne d’arrivée à Lorient, en France, et signe la fin de sa traversée de l’Atlantique Nord.

Pour moi, une histoire comme celle de Mylène Paquette est une preuve tangible qu’il n’y a aucune raison de ne pas vivre ses rêves. Bien sûr, la réalisation d’un rêve vient avec des sacrifices, mais à long terme, ceux-ci sont beaucoup plus faciles à porter que des regrets. Alors, qu’est-ce que vous attendez ?

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* Crédit photo: Laurence Labat

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Écrit par Vanessa Migliacci
Curieuse, gourmande et passionnée, Vanessa est toujours à la recherche de nouvelles aventures qui lui permettront de dépasser ses limites. Elle évolue dans le monde des relations publiques depuis les dernières années.
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